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F. Soulages, Esthétique de la photographie.

Un extrait de ce livre.  Passionnant !

« Pour le peintre, la photographie peut servir de référence en tant que moyen qui permettrait de mieux reproduire les apparences du visible ; en cela, elle prend le relais de la camera obscura. Cette dernière est inventée par des peintres pour des peintres: son but est de faciliter la mise en oeuvre d’une peinture qui se veut la reproduction des phénomènes : grâce à elle, écrit Giovanni Battista Della Porta, « quelqu’un qui ignore l’art du peintre pourra dessiner à l’aide d’un crayon ou d’une plume l’image de n’importe quel objet » ; c’est pour donner plus de luminosité à l’image projetée qu’en 1588 ce dernier  ajoute une lentille convexe à la camera obscura. Les peintres de la vie quotidienne s’empare de ce procédé en Hollande dans la seconde moitié du XVIIe siècle, par exemple Hoogstraten et Vermeer de Delft, et en Italie aux XVIIe et XVIIIe siècles, principalement les védutistes, comme Bellotto, Canaletto, Vanvitelli et Zucarelli. Or, l’image donnée par la camera obscura n’est pas exactement celle que l’homme perçoit : d’un côté, certains, comme Canaletto, dénoncent l’incorrection de la perspective qu’elle engendre et demandent aux peintres de rétablir la vision juste; d’un autre côté, beaucoup, comme Vermeer de Delft, tirent un profit artistique de cette déformation, par exemple du flou des détails du premier plan dû à la réflexion de la lumière. Nous retrouvons structurellement la même chose avec la photographie : premièrement elle est la référence pour une peinture mimétique ; deuxièmement, elle n’est pas l’exacte reproduction des phénomènes vus par un homme ; troisièmement, certains peintres jouent avec ces déformations photographiques. »

 F. Soulages, Esthétique de la photographie, Paris, Bordas, 1998, p.260

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